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8 faits sur les filets fantômes qui dévastent nos océans — NOAA Fisheries (Permit #10137) · Public domain · Wikimedia Commons
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8 faits sur les filets fantômes qui dévastent nos océans

Découvrez comment les filets fantômes, ces engins de pêche abandonnés, piègent la faune marine et ce que nous pouvons faire pour protéger les écosystèmes.

Publié 12 septembre 2026 · 7 min de lecture

Image: NOAA Fisheries (Permit #10137) · Public domain · Wikimedia Commons · source

Les filets fantômes sont des équipements de pêche perdus ou jetés qui continuent de capturer et de tuer des animaux marins sans intervention humaine. Cet article détaille leur impact écologique massif et les solutions actuelles pour nettoyer nos océans.

Les filets fantômes constituent l'une des menaces les plus insidieuses et les plus meurtrières pour la biodiversité océanique. Il s'agit d'engins de pêche — filets, palangres ou casiers — qui ont été perdus, abandonnés ou rejetés par les navires de pêche commerciale. Une fois libres dans l'eau, ils ne cessent pas de fonctionner ; au contraire, ils continuent de capturer des poissons, des mammifères marins et des oiseaux, sans aucune limite de temps. Selon les données de la FAO (2023), ces débris représentent une part colossale de la pollution plastique et sont responsables de la mort de milliers d'animaux chaque année, aggravant la crise de la pollution plastique dans le Pacifique.

Dans cet article, nous explorons les réalités sombres de ces pièges invisibles et les efforts mondiaux pour nettoyer nos eaux.

1. La persistance millénaire des polymères synthétiques

Les filets fantômes sont principalement composés de plastiques haute performance comme le nylon, le polyéthylène et le polypropylène. Ces matériaux ont été conçus pour résister à la force des vagues et à la corrosion saline, ce qui signifie qu'ils ne se biodégradent pratiquement jamais. Une étude de l'université d'Exeter a confirmé que ces polymères peuvent dériver pendant plus de 600 ans avant de se décomposer en microplastiques.

La durabilité qui fait le succès de l'industrie de la pêche devient une malédiction écologique une fois l'équipement perdu. Le matériel de pêche perdu en mer ne subit pas de photodégradation rapide car il est souvent immergé dans des eaux froides et sombres. Par conséquent, un filet perdu en 1970 peut encore être actif et létal aujourd'hui dans les profondeurs de l'Atlantique ou du Pacifique.

"Les filets fantômes sont les prédateurs les plus efficaces de l'océan : ils ne dorment jamais, ils ne s'arrêtent jamais de chasser et ils ne meurent jamais."

2. L'hécatombe silencieuse des mammifères marins

L'impact des engins de pêche abandonnés sur la mégafaune marine est dévastateur. Les baleines, les dauphins et les phoques, qui doivent remonter à la surface pour respirer, sont particulièrement vulnérables. Lorsqu'ils s'emmêlent dans un filet, ils s'épuisent rapidement ou se noient. La Commission Baleinière Internationale (CBI) estime que l'empêtrement est la principale cause de mortalité non naturelle pour de nombreuses espèces de cétacés.

Voici quelques espèces gravement touchées par ce phénomène :

  • La Baleine franche de l'Atlantique Nord, dont plus de 80 % des individus portent des cicatrices d'empêtrement.
  • Le Marsouin du Pacifique (Vaquit), au bord de l'extinction totale à cause des filets maillants illégaux.
  • Les Tortues luths, qui confondent souvent les filets flottants avec des méduses avant de s'y étrangler.
Turtle entangled in marine debris (ghost net).jpg
NOAA · Public domain · Wikimedia Commons · source

3. La Grande zone d'ordures du Pacifique (GPGP)

La concentration de filets fantômes est particulièrement alarmante dans le Pacifique Nord. Les recherches menées par la fondation The Ocean Cleanup en 2018 ont révélé une statistique surprenante : environ 46 % de la masse totale de plastique flottant dans la Grande zone d'ordures du Pacifique (GPGP) est constituée de filets de pêche. Cela contredit l'idée reçue selon laquelle les pailles ou les sacs plastiques domineraient la masse de pollution.

| Type de débris | Pourcentage de la masse dans la GPGP | Impact sur la faune | | :--- | :--- | :--- | | Filets de pêche | ~46% | Extrêmement élevé (étranglement) | | Débris plastiques durs | ~40% | Modéré (ingestion) | | Films et sacs plastiques | ~8% | Élevé (suffocation) | | Autres | ~6% | Variable |

Cette accumulation massive s'explique par les courants circulaires (gyres) qui piègent les débris lourds. Le matériel de pêche perdu en mer finit par former des agrégats géants, appelés "boules de filets", qui agissent comme des récifs artificiels mortels, attirant les petits poissons qui sont ensuite suivis par de plus gros prédateurs, créant un cycle de mort perpétuel.

4. La destruction mécanique des récifs coralliens

Au-delà de la faune, les filets fantômes mutilent physiquement les habitats marins. Lorsqu'ils dérivent vers les zones peu profondes, ils s'accrochent aux coraux durs. Sous la force des tempêtes et des courants, le filet agit comme un levier, brisant des structures coralliennes qui ont mis des siècles à croître.

Une étude publiée dans la revue *Science* (2018) par le Dr Joleah Lamb a démontré que le plastique sur les récifs augmente drastiquement la prévalence des maladies coralliennes. Les blessures causées par les fibres de nylon permettent aux agents pathogènes de pénétrer dans le tissu corallien. En Asie du Sud-Est, les récifs en contact avec des filets fantômes affichent un taux de maladie de 89 %, contre seulement 4 % pour les récifs propres.

Marine Debris Removal ...Hawaiian Islands.jpg
NOAA · Public domain · Wikimedia Commons · source

5. Les causes économiques de l'abandon du matériel

Pourquoi tant de filets fantômes se retrouvent-ils à l'eau ? Les raisons sont multiples mais souvent liées à des facteurs économiques et opérationnels. La pêche illégale, non déclarée et non réglementée (INN) est l'un des principaux contributeurs : les braconniers jettent souvent leurs filets par-dessus bord pour éviter d'être détectés par les autorités ou les patrouilles de garde-côtes.

Les autres causes incluent : 1. Accrochages sous-marins : Les filets se coincent sur des épaves ou des rochers, forçant les pêcheurs à les couper. 2. Conditions météorologiques extrêmes : Les tempêtes arrachent les engins de pêche de leurs amarres. 3. Coûts d'élimination : Dans certains ports, les frais de décharge pour les vieux filets sont si élevés que certains opérateurs préfèrent les rejeter discrètement en mer.

6. L'innovation au service du nettoyage : Les plongeurs de l'ombre

La lutte contre les filets fantômes mobilise des organisations spécialisées comme Ghost Diving et Net Free Seas. Ces groupes de plongeurs bénévoles descendent souvent à des profondeurs dangereuses pour libérer les récifs et les épaves. Depuis 2012, Ghost Diving a coordonné des centaines de missions, retirant des tonnes de nylon des eaux de la Méditerranée et de la mer du Nord.

Cependant, le retrait manuel ne suffit pas. L'utilisation de technologies modernes comme les drones sous-marins (ROV) et le repérage par satellite permet désormais de localiser les nappes de filets avant qu'elles ne touchent les zones côtières sensibles. L'organisation Global Ghost Gear Initiative (GGGI) travaille également avec les gouvernements pour instaurer des systèmes de marquage obligatoire des engins de pêche, permettant de remonter jusqu'au propriétaire en cas de perte.

Close-up of recycled nylon pellets and a spool of blue textile fiber made from recovered ocean fishing nets, clean studio lighting.
AI-generated illustration · One Fork

7. Vers une économie circulaire du nylon

Transformer les filets fantômes en ressources est une solution prometteuse pour motiver leur récupération. Le nylon 6, souvent utilisé dans la fabrication des filets, est un matériau qui peut être recyclé indéfiniment sans perte de qualité. Des entreprises comme Aquafil ont mis au point un procédé de régénération chimique pour transformer ces déchets en fil Econyl.

Ce matériau recyclé est ensuite utilisé par de grandes marques de mode pour fabriquer des maillots de bain, des tapis ou des vêtements de sport. En 2022, le programme Net-Works aux Philippines a permis aux communautés locales de collecter les filets usagés et de les vendre, créant ainsi une source de revenus supplémentaire tout en nettoyant leur environnement immédiat. C'est un exemple parfait de la façon dont on peut répondre à la question : comment protéger la faune marine des filets tout en soutenant l'économie locale.

8. Les politiques internationales et le marquage des engins

Pour éradiquer définitivement le problème des filets fantômes, une action législative globale est nécessaire. L'Organisation Maritime Internationale (OMI) et la FAO travaillent sur des directives internationales pour le marquage des engins de pêche. Si chaque filet possède un identifiant unique (via des étiquettes RFID ou des marquages physiques), la responsabilité des navires devient traçable.

Le traité sur la haute mer, adopté en 2023 à l'ONU, ouvre également la voie à une meilleure gestion des zones situées hors des juridictions nationales, là où la majorité du matériel de pêche perdu en mer est générée. L'objectif est de rendre obligatoire la déclaration de perte de matériel, supprimant ainsi la peur des sanctions pour les pêcheurs honnêtes et encourageant la récupération collaborative.

***

Synthèse et perspectives Les filets fantômes ne sont pas une fatalité, mais une défaillance systémique de notre gestion des ressources marines. Bien que leur impact soit massif, la combinaison de technologies de récupération, d'incitations au recyclage et de régulations strictes montre des signes d'espoir. La protection de nos océans dépend de notre capacité à retirer ces spectres de nylon des profondeurs pour redonner vie aux écosystèmes étranglés.

FAQ

Qu'est-ce qu'un filet fantôme et pourquoi est-ce dangereux ?
Un filet fantôme est un engin de pêche (filet, casier ou palangre) perdu, abandonné ou jeté en mer. Il est dangereux car il continue de pêcher indéfiniment, un phénomène appelé 'pêche fantôme'. Selon la NOAA, ces engins piègent et tuent des milliers d'animaux marins chaque année par strangulation ou épuisement.
Quelle est la durée de vie des filets fantômes dans l'eau ?
Les filets fantômes modernes sont fabriqués en polymères synthétiques comme le nylon ou le polyéthylène, qui sont extrêmement résistants. Selon l'organisation World Animal Protection, ces matériaux peuvent persister dans l'environnement marin pendant 600 ans, se fragmentant lentement en microplastiques toxiques pour la chaîne alimentaire.
Quelle quantité d'engins de pêche est perdue chaque année ?
Selon une étude conjointe de la FAO et de l'UNEP publiée en 2009, environ 640 000 tonnes d'engins de pêche sont perdues dans les océans chaque année. Cela représente environ 10 % de l'ensemble des déchets marins, bien que dans certaines zones comme le Pacifique Nord, ce chiffre soit plus élevé.
Comment les filets fantômes affectent-ils les récifs coralliens ?
Les filets dérivants s'accrochent souvent aux structures récifales complexes. Sous l'effet des courants, ils agissent comme des scies, brisant les coraux et propageant des maladies. Une étude de 2018 a montré que les récifs plastifiés ont 20 fois plus de risques de développer des pathologies infectieuses.
Existe-t-il des solutions pour recycler le matériel de pêche perdu en mer ?
Oui, des entreprises comme Aquafil transforment les filets en nylon récupérés en fibres Econyl pour l'industrie textile. En 2023, plusieurs initiatives portuaires encouragent également les pêcheurs à rapporter leurs filets usagés gratuitement pour éviter le rejet en mer, transformant un déchet en ressource circulaire.